Alzheimer : on a cherché au mauvais endroit pendant 30 ans, cette cellule « inutile » est en fait la clé

C’est l’un des plus grands « mea culpa » de la science moderne. Pendant 30 ans, la recherche contre Alzheimer s’est obstinée à sauver les neurones, ces stars du cerveau, en ignorant royalement leurs voisins. Le 23 décembre 2025 marque un tournant : une découverte majeure vient de prouver que la solution se cachait là où personne ne regardait. Pas dans les neurones, mais dans la « colle » qui les entoure. Et le plus fou ? Le code d’activation se trouvait dans ce qu’on appelait méchamment l’ADN « poubelle ».

Illustration de la maladie d'Alzheimer

Imaginez que vous essayez de réparer une ville en ruine en ne parlant qu’aux maires, alors que ce sont les éboueurs qui sont en grève. C’est exactement ce qu’on a fait avec Alzheimer.

Jusqu’à aujourd’hui, les astrocytes étaient vus comme de simples spectateurs, une sorte de tissu de soutien inerte. Mais des travaux publiés ce mois-ci changent la donne de manière spectaculaire : ces cellules sont en réalité des guerriers dormants, capables de « manger » la maladie. C’est peut-être ce type de protection naturelle qui est à l’œuvre dans ces rares endroits où l’on observe une concentration anormale de supercentenaires à la santé de fer. Pour le commun des mortels, il suffisait juste de trouver l’interrupteur pour les réveiller.

La revanche de l’ADN « poubelle »

L’histoire devient presque ironique quand on regarde où les chercheurs ont trouvé la clé. Ils n’ont pas fouillé dans les gènes nobles et connus. Ils sont allés gratter dans les zones obscures de notre génome, ces fameux « enhancers distaux » longtemps considérés comme inutiles.

Grâce à une technologie de pointe appelée criblage CRISPRi, une équipe a testé près de 1 000 candidats génétiques. Le verdict est tombé comme un couperet : ils ont identifié 158 interactions fonctionnelles qui contrôlent directement la santé de nos astrocytes.

A LIRE :  Otite et homéopathie : soulager la douleur sans danger ?

Concrètement, cela signifie que nous avions le plan de bataille sous les yeux depuis toujours, mais qu’il était écrit à l’encre sympathique dans une partie « inutile » de notre ADN. Ces séquences régulent des gènes cruciaux (comme LGALS3) qui dysfonctionnent chez les patients malades. On pensait que le problème venait du moteur (le neurone), alors que c’était le logiciel de maintenance (l’astrocyte) qui était buggé.

Sox9 : Le général en chef du nettoyage

Mais la découverte ne s’arrête pas à la génétique. Pour qu’un traitement fonctionne, il faut un mécanisme d’action concret. C’est là qu’entre en scène une protéine dont vous allez beaucoup entendre parler en 2026 : Sox9.

Des chercheurs du Baylor College of Medicine ont réussi une prouesse qui semblait impossible il y a encore six mois. En augmentant la production de cette protéine Sox9 dans le cerveau de souris malades, ils n’ont pas juste « ralenti » la maladie. Ils ont littéralement transformé les astrocytes en machines de guerre.

Le résultat visuel est bluffant : les astrocytes « dopés » au Sox9 se sont mis à attaquer et éliminer les plaques amyloïdes existantes. C’est la différence fondamentale entre empêcher la maison de brûler et réussir à éteindre un incendie déjà déclaré. Là où la suppression de Sox9 accélérait la formation des plaques, sa surexpression a permis de préserver la fonction cognitive.

Pourquoi ce n’est pas « juste une autre étude »

On a tous lu des dizaines d’annonces de « traitements miracles » qui n’ont jamais dépassé le stade de la souris. Mais deux détails rendent cette percée du Baylor College et de l’équipe CRISPRi radicalement différente.

A LIRE :  Peut-on vraiment attraper la chlamydia aux toilettes publiques ?

D’abord, le timing. L’intervention a fonctionné sur des modèles ayant déjà des plaques et des déficits cognitifs. La plupart des traitements testés jusqu’ici ne marchaient qu’en prévention, bien avant les symptômes. Or, quand un patient consulte, le mal est souvent déjà fait. Voir une inversion des symptômes sur un cerveau déjà atteint est le Saint Graal que tout le monde attendait.

Ensuite, la cible. En visant les astrocytes (les cellules gliales les plus abondantes du cerveau humain), on s’attaque à l’environnement du neurone, pas au neurone lui-même. C’est une stratégie de contournement brillante. Au lieu d’essayer de réanimer un soldat blessé, on nettoie le champ de bataille pour qu’il puisse guérir tout seul.

Bien sûr, il n’existe pas encore de pilule « Sox9 » en pharmacie ce matin. C’est une dose d’espoir colossale, mais un espoir pour demain. D’ici là, la réalité quotidienne reste un marathon pour les proches, et il est vital de rappeler que préserver l’aidant de l’épuisement est tout aussi important que de soigner le malade.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *


Retour en haut